INTERVIEW in LE SOIR MAGAZINE VICTOIRE 2009

Le Soir, 2009



25 April in Victoire with Jerôme Porsperger, Christophe Meierhans, Eve Buneau et moi. In french.

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Art performance

n.c.
Page 28-33
Samedi 25 avril 2009

Fin des années 50, la performance offre aux plasticiens un nouveau media. Devenue une forme d’art indépendante, elle trouble de plus en plus les limites entre les arts visuels et ceux de la scène. Tandis que la scène bruxelloise s’éclate.

Ces dernières années, Bruxelles semble être devenu la plateforme de référence européenne dans le milieu des arts de la scène et de la performance, foulée par de plus en plus d’artistes d’ici et d’ailleurs. Les formes performatives se diversifient, les festivals se multiplient et, en marge de Parts (Performing arts research and training studios), l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker, des projets de cours publics se développent en Communauté française.
Les Bains : connective sont un des premiers lieux bruxellois à s’être ouverts à l’art actuel de la performance. Je suis arrivée ici il y a onze ans, avec d’autres artistes issus de différentes disciplines de performance, se souvient Lilia Mestre, performer portugaise et coordinatrice de l’association. On a trouvé les anciens bains de Forest fascinants et on les a rénovés avec l’aide de volontaires. On exploite chaque zone – la piscine, les cabines, les escaliers, etc. – pour des prestations artistiques. On se positionne comme un laboratoire artistique, ouvert à toutes les disciplines, lors de résidences. Le fait que Bruxelles soit focalisé sur les arts de la scène y attire beaucoup de performers.
À l’origine, la performance a été créée par des artistes visuels qui ont utilisé leur corps pour s’exprimer mais, aujourd’hui, de plus en plus d’artistes du milieu de la danse, du théâtre ou de la musique en explorent les potentialités. Depuis le début des années 90, dans un contexte interdisciplinaire, on se demande : que veut dire la danse ? Il y a une remise en question du rapport au corps et de la manière de le travailler, poursuit Lilia Mestre. Du corps codifié par une technique, on passe au corps quotidien. La danse est devenue plus statique, plus conceptuelle. La danse veut dire danse, les choses sont prises au premier niveau. C’est comme dans la musique, où la répétition peut être un concept.
Le mouvement a été amorcé par des chorégraphes comme Anne Teresa De Keersmaeker ou Wim Vandekeybus, qui ont recruté des artistes internationaux dans leurs compagnies. La volonté d’Anne Teresa De Keersmaeker était de renouveler le lien intense entre danse et musique, à travers un langage chorégraphique propre. Et via son école, Parts, dont les cours sont donnés en anglais et qui recense des étudiants d’une vingtaine de nationalités.
Depuis lors, Bruxelles attire de plus en plus de professionnels de la scène, d’Europe et d’ailleurs. Cette tendance n’a cessé de s’amplifier. On assiste en ce moment à un boom, car Bruxelles est devenu the place to be dans ce domaine, poursuit Lilia Mestre. Parmi cette nouvelle vague d’artistes, beaucoup ont délaissé la scène berlinoise, qu’ils jugent saturée et désormais réservée à ceux qui en ont les moyens.
Rencontre des genres
En peu de temps, des festivals de performance se sont mis en place dans la capitale européenne, dont les limites fluctuent entre arts visuels et arts de la scène : comme les genres se mélangent de plus en plus, on ne sait plus dans quel contexte intégrer ce type de spectacle, relève Luea Ritter, performer suisse et initiatrice du festival Momentum aux Bains : connective. L’idée de ce festival, qui se déroulera dans quatre lieux bruxellois, est de présenter des artistes visuels, qui sont à nouveau nombreux à choisir la performance comme outil de base. Ce mouvement existe en Suisse, en Allemagne ou aux Etats-Unis, mais n’est pas représenté en Belgique dans toute sa richesse car ici, la performance est plus liée aux arts de la scène.
Au Kaaitheater, la première édition de Performatik, qui s’est déroulée en février, mêlait les deux. Kathleen Van Langendonck, programmatrice, explique que depuis quelques années, on s’aperçoit que des artistes de différentes disciplines sont contaminés par la performance. Ces spectacles sont difficiles à programmer, car ils sont beaucoup plus courts que de la danse ou du théâtre, ils durent 30 ou 40 minutes en moyenne, et le but de ce festival est de leur donner plus de visibilité auprès du grand public. Et de marquer l’évolution du genre : dans les années 60-70, les artistes vivaient dans l’utopie de changer le monde à travers des happenings collectifs. L’approche actuelle est plus individuelle et expérimentale. Le spectateur y participe plus aussi, et la réalité est parfois cherchée hors de l’espace théâtral, par exemple dans la ville, lors de balades ou d’installations sous forme de performances.
Hyper réalité
Figure phare de l’art performance dans les années 80, Antoine Pickels, directeur de la Bellone, a lancé le festival annuel Trouble – qui présente un large aperçu de l’actualité de la performance : actes plastiques purs, théâtralité réinventée, contes contemporains, Body Art, langages multimédias, expériences mobiles…- aux Halles de Schaerbeek en 2005, et développé un réseau européen de cette discipline. Depuis deux ans, ce projet fait l’objet d’un archivage au sein de la Bellone. Beaucoup d’artistes de la scène choisissent aujourd’hui la performance pour s’exprimer à travers leur corps. Cela est dû, en partie, au fait que les formes du théâtre et de la danse ont tendance à s’institutionnaliser. Mais aussi à la recherche d’un contact direct avec le public : les gens qui regardent une performance sont des témoins. On est dans un rapport d’honnêteté, sans faux-semblant. La performance présente une forme plus accessible, moins intimidante, que le théâtre ou la danse. On vit dans une société si médiatisée que l’on a besoin de cette hyper réalité.
Dans la foulée, Antoine Pickels a créé un cours optionnel intitulé « performance et arts du corps » à La Cambre et planche également, avec d’autres professionnels du milieu, sur le projet de l’Esad (Ecole supérieure des arts de la danse) en Communauté française, porté par La Cambre, l’Insas et le Conservatoire de Bruxelles. La danse reste un art toujours en prise avec le présent. On se pose beaucoup de questions sur la manière de danser, le corps, l’engagement du danseur, et dès lors, de plus en plus de liens se créent avec la performance.
Trouble, aux Halles de Schaerbeek jusqu’au 26 avril, www.halles.be
Momentum, du 4 au 7 juin aux Bains : connective, au Q-02, à la Bellone et à la Raffinerie, www.momentum-festival.org

Ondes spatiales

D.J. de musique classique, Jérôme Porsperger mixe et chante dans des lieux improbables. Sur une autoroute, un chantier ou à la Cité administrative.
Dans la vidéo « Opera Autorouta », vous posez un regard décalé sur la fragilité humaine.
Il s’agit d’une intervention éphémère, qui laisse peu de traces. Le corps et l’espace sont les matériaux de base. J’ai voulu partager une intimité, à travers la promenade dans des lieux inhabituels, inédits, oubliés de l’autoroute. Je suis comme un insecte discret qui pose un constat poétique, de l’autoroute et du monde en général. Je propose une vision de la voie routière, autre que rectiligne. J’interroge aussi la notion de vitesse, qui empêche d’observer le paysage. C’est une proposition de voyage, qui montre également la vulnérabilité du corps dans ce type d’environnement. À un moment, je chante sur un pont un air de Puccini. Il y a recréation d’une mise en scène dans le monde réel. C’est aussi une manière de faire résonner la musique là où elle n’a jamais résonné. La vidéo dure quinze minutes. Le premier jour je constate, et le second, je fais la fête.
Vous produisez régulièrement des « Concerts invisibles », quel est le concept ?
Je propose des morceaux de musique classique, dans un contexte urbain et environnemental inhabituel. Ils sont soit présentés dans leur version originale, soit régulièrement mixés à d’autres sons, scratchés, transposés, superposés… Et morceau après morceau, une atmosphère d’écoute s’installe. Tout au long de la performance, j’adopte une gestuelle vivante en communication avec le public. L’idée est d’ouvrir et de faire partager la musique classique à des gens de tous âges, cultures, origines et couches sociales.
Chaque lieu représente un défi ?
J’essaie de plus en plus de tester mes limites, d’aller au bout de celles-ci. Il m’est arrivé de mixer dans le froid, dans une forêt où il s’est mis à pleuvoir, en hauteur sur le chantier Anspach, 11 heures d’affilée dans les jardins de la Cité administrative pour la fête nationale, dans le hall de la Bourse… J’aimerais aussi mixer au sommet d’une grue, au bout du bras ou sur une passerelle de laveur de vitres, pour avoir des sensations vertigineuses. L’idée est de sortir du confort habituel d’une salle de concerts pour que le message passe plus fort et de travailler sur une échelle temporelle décalée. Pour mieux brouiller les frontières.
Comme lors du parcours de voitures tunées de l’Atomium à la Bourse ?
Cette performance permet de croiser deux mondes parallèles : la musique classique et les tuners, qui vivent sur une autre planète. Après les avoir contactés, j’ai débarqué un samedi soir à La Louvière, dans un hangar avec deux cents voitures tunées dans le fond. Je leur ai exposé le projet et ils étaient très enthousiastes, notamment à l’idée de pouvoir donner une autre image de leur activité. Je mixe et le son est envoyé vers un émetteur qui diffuse sur une onde radio provisoire, dans un rayon de quelques centaines de mètres. Les automobilistes se branchent tous sur la même fréquence, et le son sort de chacune des installations sono des voitures.

Cube au carré

Le compositeur suisse Christophe Meierhans explore diverses pratiques performatives. Entre happening et théâtre-danse.
A travers le projet Tape That, vous jouez avec le format du concert.
Ce projet est développé avec Koen Nutters, un musicien d’Amsterdam. Au cours de ce concert, on preste une sélection de cinquante à soixante pièces de musique composées à partir d’échantillons sonores trouvés et d’objets amplifiés. Ces pièces sont tirées d’un catalogue d’environ deux cents pièces que le public consulte pendant la performance, qui est à part égale faite des sons que l’on entend, des actions produisant ces sons et de l’anticipation du public générée par les titres très descriptifs des morceaux. Le concept existe aussi sous forme de tapisserie sonore.
Au sein du collectif C&H, vous explorez différents genres et disciplines. Quelle est votre approche ?
Je suis compositeur, Heike Langsdorf est danseuse et Christoph Ragg est scénographe. Notre savoir faire est multiple et nos spécialisations ne servent que d’arrière plan à l’approche des différents médias que nous sommes amenés à utiliser : vidéo, son, performance, photographie, installation… Par exemple, dans la pièce « Bühnenstück », les quarante spectateurs se trouvent dans un espace clos, un cube formé par de simples rideaux de théâtre. Plus que d’être les acteurs de la pièce, nous jouons le rôle de techniciens, ou plutôt des opérateurs de cet espace. On interagit avec les spectateurs en y amenant et en retirant des objets, en déplaçant leurs chaises, en y vendant des boissons, en y montant une projection, en y offrant la possibilité d’un jeu, etc. Le public définit le contexte de la pièce au fur et à mesure de son déroulement, de par l’usage qu’il fait de l’espace et des conditions qui lui sont proposées.
Dans quel courant de la performance vous situez-vous ?
Dans notre pratique, deux influences se croisent : celle des happenings des années 60 issus des arts visuels, et une forme de théâtre-danse conceptuel. Plus qu’un spectacle, c’est une situation réelle que C&H met en place dans ses performances. On cherche à créer des rapports particuliers entre les gens présents dans un même espace et on intervient au sein de ces rapports. La performance sert d’arrière-plan à la communication. Elle permet des questionnements, d’inverser les rôles, de rendre l’absurdité de certaines situations. Quand elle se déroule dans l’espace public, la convention public-acteur se dissout et il faut trouver les moyens de la recréer, sans forcément recourir aux outils traditionnels du théâtre.
Le Kunstenfestivaldesarts vous a demandé de développer un travail autour du centre du festival, Les Brigittines, en relation avec le tronçon ferroviaire Nord-Midi…
Nous avons réalisé trois installations-performances qui s’adressent respectivement au trois publics qui se croiseront autour des Brigittines lors du festival : les habitants du quartier et les utilisateurs de la gare de la Chapelle, les quelque cent mille passagers des trains traversant Bruxelles chaque jour, et enfin, le public du festival. Pour l’intervention « Trainspotters », un train sera choisi chaque soir pour être l’acteur principal d’une performance qui consistera, pour ainsi dire, à lui faire traverser l’espace du festival. « Brussels Chapel » rend hommage à la gare de la Chapelle, délaissée du trafic international, en lui offrant une nouvelle annonce qui résonnera dans les cinq langues locales à l’arrivée de chacun des rares trains y faisant encore arrêt. Enfin, pour « See you in Les Marolles », des textes lumineux accrochés dans le tunnel ferroviaire attireront l’attention des passagers sur le quartier des Marolles au-dessus duquel ils passent à toute vitesse.
Dans le même contexte, un autre travail à voir absolument sera l’intervention de l’artiste italienne Anna Rispoli qui réalise une installation-performance dans l’immeuble de logements qui se trouve derrière les Brigittines, avec la collaboration des habitants…
www.contrepied.de
www.tsee-und-asch.ch
www.n-collective.com
Les installations réalisées pour le Kunstenfestival seront visibles du 30/04 au 23/5 : www.kfda.be

Concept urbain

David Helbich sonde les limites entre les genres performatifs, à travers des interventions urbaines souvent conçues comme des compositions ou des chorégraphies.
Compositeur musical à la base, comment êtes-vous passé à la performance ?
D’origine allemande, j’ai suivi les cours de Mathias Spahlinger à Fribourg. Vers 2002, j’ai commencé à travailler avec des danseurs, puis à écrire des morceaux de musique avec des éléments chorégraphiques (comme une pièce pour air-guitar !) et tirés de l’audiovisuel. Avant de présenter des pièces avec la danseuse Shila Anaraki, puis des pièces interactives avec le public. On demande aux gens, sur scène, de rester contre le mur, puis de marcher, se figer, arriver d’un côté ou de l’autre… On dirige une chorégraphie de mouvements pendant une heure. Nous avons expérimenté cela au théâtre Monty, à Anvers, et au Frascati, à Amsterdam. L’idée est de faire de la performance sans en faire. Celle-ci se construit avec le public, elle résulte de différents points de vue individuels dans une composition complexe.
Vous vous êtes établi à Bruxelles, qu’est-ce qui vous y attire en tant qu’artiste ?
À la même époque, je venais donner des concerts à Bruxelles. Je m’y suis installé car j’y trouve l’approche de la danse et de la performance conceptuelle et intéressante. Bruxelles est un peu comme Berlin dans les années 90, en pleine mutation et beaucoup de choses sont possibles pour les artistes. En même temps, la ville n’a pas une identité forte et, en tant qu’étranger, cela permet de débarquer et de se sentir d’ici.
Depuis deux ans, vous investissez surtout l’espace public, notamment à travers des balades performances. Concrètement ça donne quoi ?
Je travaille de plus en plus en dehors des lieux de rendez-vous culturels traditionnels. Par exemple, j’organise régulièrement à Bruxelles et dans d’autres villes des balades, expérimentales de différentes façons. Je guide le groupe en silence et la balade prend une dimension performative. L’environnement lui-même prend une autre signification. C’est un genre d’expérience théâtrale, sans la condition d’un espace théâtre. Le défi est là, sans espace, siège ou programme. J’ai ainsi imaginé « Walk 4 », une balade dans la station de métro Arts-Loi. Un groupe de dix personnes parcourt le lieu pendant quarante-cinq minutes, sans parler. À un moment, le groupe se divise, une partie descend les escaliers de gauche, l’autre ceux de droite et le groupe se retrouve sur les quais de part et d’autre de la rame. Vu d’en haut, cela donne une chorégraphie de groupe.
C’est aussi un peu l’idée de votre projet « Move for a day », dans le cadre du festival Micronomics ?
L’idée est que plusieurs organisations, commerces, institutions et micro-initiatives situés dans les environs de la rue Dansaert échangent le temps d’une journée leur espace de travail. Clients, élèves et public empruntent un nouvel itinéraire pour arriver là ou ils veulent se rendre, et finissent par se rencontrer. Les lieux sont cartographiés sur un petit plan. J’avais déjà réalisé cela à Schaerbeek avec des lieux culturels.
Il vous arrive aussi d’interagir avec les habitants d’un quartier, comme avec le concept « Greetings from Drie Ponts ».
J’ai développé ce concept l’an dernier, dans le cadre du contrat de quartier du Midi, via le bureau d’architecture Suède36. Il porte sur trois vieux ponts qui s’étendent entre le quartier du Midi et la place Rouppe. Ce concept se compose de différents travaux afin d’« imaginer la changeabilité » de l’espace d’urbain. C’est quelque chose d’évident, mais très difficile à mettre en pratique. J’ai commencé une série de photographies performatives et une installation légère sur un des ponts. Mais surtout, je souhaite soutenir le surnom officiel « Drie Ponts » de la zone autour des ponts, relevé lors de différentes conversations avec les habitants. Je pense que ce mélange de néerlandais et de français prend tout son sens dans cette zone oubliée. L’ouverture de l’exposition sera bientôt annoncée sur le blog.
http://davidhelbich.blogspot.com/
http://drieponts.wordpress.com

Corps privé-public

Le corps nu comme matière, au-delà de la représentation. À partir de ce concept, Eve Bonneau interroge le rapport entre le privé et le collectif.
Après de longues années de pratique de la danse, pourquoi l’avoir délaissée pour la performance ?
La danse concerne le mouvement plus que l’individu et reste davantage dans la tradition. La performance m’apporte la parole, une communication directe. La danse peut enfermer dans sa virtuosité. La performance ne requiert pas de prouesse technique ou d’aptitude physique. C’est ma présence qui détermine le mouvement et l’interaction sociale. On est dans l’action et l’engagement social, politique, ou artistique. Cet engagement est parfois inconscient. La performance est une prise de risque par l’interaction. On joue avec le réel, on peut quitter la scène.
Quel a été le déclic ?
Je suis sortie de Parts en 2005, puis j’ai suivi des stages au Cifas (Centre international de formation en arts du spectacle). L’enseignement n’y est pas traditionnel, on était très autonomes et cette expérience m’a ouverte à beaucoup de choses. J’y ai rencontré des personnes qui ont influencé mon parcours, comme Joao Fiadero puis Robert Pacitti, tous les deux venus donner un stage de performance et engagés dans une actualité artistique. Lors d’un exercice, je me suis mise nue sur scène pour la première fois et c’est venu très naturellement. Cela a été un déclic pour moi. J’ai alors arrêté la danse, que je pratiquais depuis l’âge de 7 ans. À ce moment-là, une phrase m’est venue en tête : « J’ai oublié de naître », et j’ai réalisé un travail là-dessus.
Ce qui a donné vie à votre performance en solo « Corps est le premier mot que je dis »…
J’y explore le corps comme matière, intime, désarmante, et littéralement à fleur de peau, interrogeant les rapports entre le privé et le collectif. Je suis nue, devant une ampoule installée sur un pied de microphone. Je suis dans l’obscurité, face au public. J’expire. C’est un mot du corps, un langage que la lumière capte. Mes yeux sont fermés, je ne bouge presque pas. Dans l’espace de la performance, une projection vidéo suggère un corps illimité tandis que je balade successivement l’ampoule sur des parties de mon corps.
Comment interagit le public ?
Ce solo a été présenté dans divers lieux : au Spill Festival de Londres, à Nadine, aux Bains : connective, au Festival Trouble 4, et au festival d’art contemporain de Caracas. Le rapport avec le public était chaque fois différent, et enrichissant. À Caracas par exemple, le public était très participatif, ailleurs il était plus réservé, parfois intimidé. Ces réactions sont liées à la culture, à la perception sociale du corps, de la nudité…
Vous avez entamé une recherche intitulée « Ça », dans le prolongement d’un cours optionnel sur la performance et les arts du corps que vous avez donné à La Cambre. Quelle en est l’idée ?
Je suis obsédée par l’individu et par son corps. Petite, j’avais du mal à suivre un film, je regardais surtout la physionomie, le mouvement des gens. J’aime la lecture du corps, la personne dans son apparence. Avec « Ça », j’avais envie de faire de la recherche de laboratoire, de me détacher de la représentation pour aller vers la présentation, l’étude de la présence et la lecture que l’on peut en faire. Dans beaucoup de performances, on a le sentiment que les gens ne sont pas là, le mouvement devient un costume. Le corps est un espace que l’on connaît peu de manière conceptuelle.

 

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